3éme Dimanche de Pâques

PREMIÈRE LECTURE

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole :
« Hommes d’Israël,
le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
le Dieu de nos pères,
a glorifié son serviteur Jésus,
alors que vous, vous l’aviez livré,
vous l’aviez renié en présence de Pilate
qui était décidé à le relâcher.
Vous avez renié le Saint et le Juste,
et vous avez demandé
qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.
Vous avez tué le Prince de la vie,
lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts,
nous en sommes témoins.
D’ailleurs, frères, je sais bien
que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs.
Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé
par la bouche de tous les prophètes :
que le Christ, son Messie, souffrirait.
Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu
pour que vos péchés soient effacés. »

– Parole du Seigneur.

PSAUME

R/ Sur nous, Seigneur,
que s’illumine ton visage !
 

Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

Dans la paix moi aussi,
je me couche et je dors,
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

DEUXIÈME LECTURE

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes petits enfants,
je vous écris cela pour que vous évitiez le péché.
Mais si l’un de nous vient à pécher,
nous avons un défenseur devant le Père :
Jésus Christ, le Juste.
C’est lui qui, par son sacrifice,
obtient le pardon de nos péchés,
non seulement des nôtres,
mais encore de ceux du monde entier.
Voici comment nous savons que nous le connaissons :
si nous gardons ses commandements.
Celui qui dit : « Je le connais »,
et qui ne garde pas ses commandements,
est un menteur :
la vérité n’est pas en lui.
Mais en celui qui garde sa parole,
l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

– Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

Alléluia. Alléluia.
Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures !
Que notre cœur devienne brûlant
tandis que tu nous parles.
Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
les disciples qui rentraient d’Emmaüs
racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons
ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux
à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, 
lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte,
ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous bouleversés ?
Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi !
Touchez-moi, regardez :
un esprit n’a pas de chair ni d’os
comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole,
il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire,
et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit :
« Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara :
« Voici les paroles que je vous ai dites
quand j’étais encore avec vous :
“Il faut que s’accomplisse
tout ce qui a été écrit à mon sujet
dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit :
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait,
qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom,
pour le pardon des péchés, à toutes les nations,
en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

HOMELIE

« A vous d’en être les témoins. »

 

 

       Mes amis, nous connaissons l’épisode de la rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité. Elle s’achève  à la fraction du Pain et à leur acte de foi : « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. »

       En fait, à travers ce récit, Luc fait une catéchèse sur l’Eucharistie avec le partage de la Parole, sur le chemin, et puis le partage du Pain, à la table familiale. Catéchèse pour aider la communauté à laquelle il adresse son Evangile à comprendre et à vivre désormais l’Eucharistie comme signe, plus tard on dira sacrement, de la présence du Ressuscité avec eux et en eux.

       Voici que ces mêmes disciples reviennent à Jérusalem pour raconter aux apôtres tout ce qui s’est passé et comment ils l’ont reconnu Vivant quand il a rompu le pain. L’Evangile de ce jour qui en est la suite, nous dit qu’ils étaient encore en train d’en parler quand le Ressuscité se trouva là, au milieu d’eux.

 

       Mes amis, quand on prend un peu de recul et qu’on arrête de lire à la va-vite, on voit bien, à travers ces textes qu’on a appelés « récits d’apparition » comment il n’a pas été évident, pour les évangélistes, de rendre compte de l’expérience, hors du commun, qu’ont vécu les disciples dans ces rencontres avec le Ressuscité. Et l’on peut bien comprendre pourquoi, à plusieurs reprises, chez Saint Jean et là aussi dans le texte de Luc, Jésus leur dit « La Paix soit avec vous ! » tant ils étaient « effrayés et craintifs, croyant voir un esprit devant eux ! »

 

       En effet, comment arriver à dire l’indicible ? Comment témoigner de ce qui jusqu’alors n’a jamais existé ? Comment parler du Ressuscité qui justement, dans sa condition nouvelle, échappe à la contingence de la matière, de l’espace et du temps ? Comment en parler  avec les mots de notre langage terrestre, avec nos sens tout à fait charnels ? Alors, ils ont parlé de « présence, toutes portes étant fermées » pour dire qu’il n’avait plus le corps physique qui était le sien jusqu’à la mise au tombeau et la grosse pierre roulé devant.

       Mais pour ne pas, non plus, laisser croire qu’on était dans l’imaginaire, dans la rêverie ou dans le monde des fantômes et des esprits, ils insistèrent pour dire que c’était bien le Crucifié qui est là avec un corps qu’on peut toucher, les plaies de ses mains, de ses pieds, de son coté et même qu’on peut le voir manger comme nous ! 

 

       Ce qu’ils ont cherché à dire c’est que c’était Lui mais tout à fait Autre ! C’était le Crucifié mais Ressuscité ! Quelle expérience ! Elle fut assez bouleversante et forte pour qu’ils puissent passer de « voir » à « croire »  Il leur faudra d’ailleurs plusieurs rencontres pour le reconnaitre Vivant mais surtout Vivant en eux !

 

       Mais l’important se trouve à la fin du récit, comme pour les disciples d’Emmaüs, Luc écrit qu’il faut que ce soit Jésus lui-même qui interprète, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait parce que les disciples n’en étaient pas capables. Ainsi Jésus renvoie à Moïse, aux Prophètes et aux psaumes. A Moïse : parce qu’il y a là, dans l’histoire du Peuple d’Israël, cette libération d’Egypte qui annonçait, en fait, celle que lui-même allait opérer dans sa Pâque pour toute l’humanité. Il renvoie aux Prophètes parce que se sont eux, habités par l’Eprit Saint, qui, dans leur vie et leurs paroles, ont annoncé le Salut de Dieu dans la venue d’un Envoyé. Et enfin, Jésus renvoie aux psaumes, la prière du peuple, qui en a toujours appelé à l’intervention divine. Oui, Jésus était annoncé dans toutes les Ecritures ! C’est Lui qui les accomplit !

 

       Alors, une fois ouvert à l’intelligence des Ecritures, Jésus leur fait comprendre que sa mort n’était pas un échec mais le passage obligé du don de soi pour entrer dans la gloire, c'est-à-dire pour que tout soit pardonné et qu’il attire à lui tous les hommes dans sa Résurrection.

 

       Voilà la Bonne Nouvelle dont ils doivent être désormais les témoins dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Et c’est ce qu’ils vont faire. Nous l’avons entendu dans le Livre des Actes des Apôtres.

 

       Mes amis, comment nous-mêmes pouvons-nous être témoins du Ressuscité dans le milieu de vie qui est le nôtre, si ce n’est d’accueillir et de vivre  le « maintenant » de sa Pâque ?! Car c’est maintenant qu’il vient à nous et se fait reconnaitre dans les Ecritures que nous avons entendues et dans le Pain que nous allons partager ! Il est présent au cœur du monde et de toutes choses et où que nous allions, quoique nous fassions, il nous y attend, il nous y précède. Il ne nous laisse pas seuls ! Du dedans, il nous souffle son Esprit Saint. Soyons donc enthousiastes de le savoir avec nous et partout, dans tout son Corps. N’ayons pas peur ! Il nous redit à chacun et à tous : « La Paix soit avec vous ! »

                                                                                           Amen.

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