7éme Dimanche de Pâques

PREMIÈRE LECTURE

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là,
Pierre se leva au milieu des frères
qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes,
et il déclara :
« Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse.
En effet, par la bouche de David,
l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas,
qui en est venu à servir de guide
aux gens qui ont arrêté Jésus :
ce Judas était l’un de nous
et avait reçu sa part de notre ministère.
Il est écrit au livre des Psaumes :
Qu’un autre prenne sa charge.
Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous,
depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
témoin de sa résurrection. »
On en présenta deux :
Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus,
et Matthias.
Ensuite, on fit cette prière :
« Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs,
désigne lequel des deux tu as choisi
pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
la place que Judas a désertée
en allant à la place qui est désormais la sienne. »
On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

– Parole du Seigneur.

PSAUME

R/ Le Seigneur a son trône dans les cieux.
ou : Alléluia !

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Le Seigneur a son trône dans les cieux :
sa royauté s’étend sur l’univers.
Messagers du Seigneur, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres !

DEUXIÈME LECTURE

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,
puisque Dieu nous a tellement aimés,
nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
Dieu, personne ne l’a jamais vu.
Mais si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous,
et, en nous, son amour atteint la perfection.
Voici comment nous reconnaissons
que nous demeurons en lui
et lui en nous :
il nous a donné part à son Esprit.
Quant à nous, nous avons vu et nous attestons
que le Père a envoyé son Fils
comme Sauveur du monde.

Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
Dieu demeure en lui,
et lui en Dieu.
Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
et nous y avons cru.
Dieu est amour :
qui demeure dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui.

– Parole du Seigneur.

ÉVANGILE

Alléluia. Alléluia.
Je ne vous laisserai pas orphelins,
dit le Seigneur ;
je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,
garde mes disciples unis dans ton nom,
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux,
je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi,
je parle ainsi, dans le monde,
pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole,
et le monde les a pris en haine
parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi, je n’appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité :
ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

HOMELIE

7ème  Dimanche de Pâques 

« Qu’un autre prenne la charge de Judas »

 

 

          Entre la fête de l’Ascension et la fête de Pentecôte, je voudrais que nous nous arrêtions un instant sur cette page du Livre des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre. Elle est essentielle !

          Il s’agit d’une question cruciale - dans le vrai sens du mot « crucial », c'est-à-dire « qui crucifie », question terrible et inévitable, causée par une blessure profonde qu’il fallait soigner et guérir pour que  l’élan explosif de Pentecôte ait lieu.

 

          A vrai dire, tant que le cas de Judas, car c’est de lui qu’il s’agit, n’était pas réglé, le démarrage de l’Église, tel qu’on va le voir au jour de Pentecôte, ne pouvait pas avoir lieu !

Il fallait que la mission confiée par Jésus à ce frère « qui était des nôtres »comme le dit Pierre, il fallait que cette mission soit accomplie, honorée ! Justement pour ne pas laisser vain l’appel que Jésus avait adressé à Judas. Car il avait été appelé tout comme eux par Jésus.

 

          Alors Pierre, au milieu d’une  assemblée de 120 frères et sœurs, déjà travaillé intérieurement et poussé par l’Esprit Saint, prend la parole et se met à dire une chose qu’on était loin d’imaginer : la prise en charge de la mission de Judas  par un autre disciple !

           Il fallait vraiment que Pierre soit inspiré pour oser une telle interpellation, parce que sans l’Esprit Saint le cas de Judas était déjà réglé et balayé ! « Il avait trahi le Maître et il était allé se pendre !… c’est son problème, pas le nôtre ! Passons à autre chose ». Eh bien non, avec l’Esprit Saint, justement, on ne passe pas à autre chose ! « La trahison et la pendaison de Judas c’est aussi notre problème car il demeure notre frère appelé par Jésus » c’est cela que Pierre est en train de leur dire !

 

          On sait par l’Évangéliste Luc, au début du Livre des Actes des Apôtres que Marie, la Mère de Jésus, était avec les disciples pour prier. C’est même certainement elle qui les a tous rattrapés, après la débandade qui a suivi la passion ! Mais depuis la croix, elle est la Mère… non seulement de Jean mais d’eux tous ! Elle ne devait pas être loin de Simon Pierre quand celui-ci entendit l’Esprit Saint lui souffler ce psaume de David, le 109ème.

          Il y est question de la vie du méchant qui mérite normalement d’être écourtée mais Pierre entend aussi que cette vie doit être portée par un autre, prise en charge par un autre !

Il ne peut pas envisager que l’appel de Jésus adressé à Judas soit rendu stérile par sa trahison. L’appel de Jésus doit porter son fruit. Quand Dieu appelle, c’est pour la vie !                                                                                                    

          Mais ce n’est pas tout,  Pierre comprend que la vie donnée de Jésus sur la croix est un pardon de portée universelle, un pardon qui est pour tous et donc pour Judas, en premier.

Lui, Pierre, renégat par trois fois, a finalement consenti, dans les larmes, au pardon de Jésus et il s’est relevé ! Le voilà, maintenant, en train de dire à ses frères qu’il faut que Judas soit relevé lui aussi car il est aimé et pardonné comme lui.

           En même temps que Judas donnait le baiser de la trahison, ce qui était convenu avec les soldats pour l’arrestation de Jésus, en même temps, Jésus lui donnait le baiser du pardon pour sa libération. Voilà ce que Pierre comprend et il ajoute qu’un frère parmi eux doit prendre en charge la mission de témoin que Judas aurait du accomplir.

 

 

 

          Ils vont donc élire Matthias, non sans avoir prié l’Esprit Saint.  Cette élection fera porter un regard nouveau et désormais apaisé sur Judas. Matthias accomplira la part du ministère de Judas, avec la sienne. Matthias portera Judas au nom de tous ses frères. Comme Jésus nous porte tous !

 

          Mes amis, tant que cette réconciliation entre disciples de Jésus n’était pas faite…

Tant que Judas n’avait pas été relevé et réintroduit dans l’Amour de Dieu…

Tant que les Apôtres n’avaient pas découvert qu’ils étaient tous frères, tous pardonnés par Jésus, autant les uns que les autres…

Tant qu’ils n’avaient pas signifié entre eux cet Amour inconditionnel du Père pour tous ses enfants…

Bref, tant que l’Esprit Saint ne les avait pas tous unis intérieurement à Judas et les uns aux autres, dans la prière, eh bien, l’explosion de  Pentecôte était en attente !

Pentecôte attendait cette réconciliation !

Pentecôte se préparait dans cette réconciliation !

 L’Église ne pouvait pas naître sans cette communion entre eux tous, en ne s’appuyant que sur onze colonnes. Il en fallait douze, les Douze que Jésus avait appelés et qui sont symbolique de la totalité de l’humanité, le Nouvel Israël, l’Église.

Et si cette réconciliation n’avait pas été d’abord entre eux et pour eux, les Douze,  ça ne pouvait pas l’être pour l’Église qu’ils allaient annoncer  ensuite.  

 

          Mais alors, cette réconciliation-communion, une fois faite, la douce puissance de l’Esprit Saint qui les avait travaillés, chacun, pendant 50 jours, va les pousser au dehors en véritables témoins du Ressuscité.

          Et ils vont pouvoir témoigner que Jésus réconcilie vraiment le monde avec son Père, parce qu’eux-mêmes viennent de se réconcilier avec Judas et entre eux ! Et nous, mes amis, quelle réconciliation avons-nous à vivre ?                                                                                                                   

          Ils vont pouvoir annoncer la Victoire de la Croix, la Victoire du Pardon parce qu’ils ont expérimenté, pour eux-mêmes, qu’aucun n’en est exclu ! Et nous, quel pardon avons-nous à demander ?

           Ils vont pouvoir annoncer le Ressuscité, parce qu’eux-mêmes le sont déjà ! Et nous, quel visage de ressuscité donnons-nous ?

 

          Voilà comment Pentecôte va arriver. Ce ne sera pas un feu de paille mais un Embrasement qui va se répandre partout dans le monde. Le Souffle de ce Feu intérieur  sera tel qu’on aura peine à les reconnaître. En fait, ils seront à l’image du Ressuscité qui a les traits d’un jardinier, d’un centurion romain, d’un pharisien de Tarse, d’un publicain de Jéricho, d’un Gandhi, d’une Térésa de Calcutta, d’un Charles de Foucault de Tamanrasset, d’un Carlo Acutis en Italie … et les traits de chacun de nous… !

 

          Le Feu de Pentecôte va se répandre parce qu’ils le portent en eux. S’ils ne sont pas brûlés eux-mêmes, ils ne mettront pas le feu.

          Mes amis, laissons-nous embrasser par Jésus comme Judas ! Laissons-nous embraser par l’Esprit Saint, afin d’embrasser et d’embraser ce monde où nous sommes appelés et envoyés.   

 

                                                                                                                                  Amen.

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