14 ème Dimanche du Temps Ordinaire

PREMIÈRE LECTURE

«

Lecture du livre du prophète Ézékiel

En ces jours-là, 
   l’esprit vint en moi 
et me fit tenir debout. 
J’écoutai celui qui me parlait. 
   Il me dit :
« Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, 
vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. 
Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères 
se sont soulevés contre moi. 
   Les fils ont le visage dur, 
et le cœur obstiné ; 
c’est à eux que je t’envoie. 
Tu leur diras : 
‘Ainsi parle le Seigneur Dieu...’ 
   Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas 
– c’est une engeance de rebelles ! – 
ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »

    – Parole du Seigneur.

 

PSAUME

 

R/ Nos yeux, levés vers le Seigneur,
attendent sa pitié. (cf. Ps 122, 2)

Vers toi j’ai les yeux levés,
vers toi qui es au ciel,
comme les yeux de l’esclave
vers la main de son maître.

Comme les yeux de la servante
vers la main de sa maîtresse, 
nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu,
attendent sa pitié.

Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous :
notre âme est rassasiée de mépris.
C’en est trop, nous sommes rassasiés 
    du rire des satisfaits,
du mépris des orgueilleux !

 

DEUXIÈME LECTURE

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, 
   les révélations que j’ai reçues
sont tellement extraordinaires 
que, pour m’empêcher de me surestimer, 
j’ai reçu dans ma chair une écharde, 
un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, 
pour empêcher que je me surestime. 
   Par trois fois, 
j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. 
   Mais il m’a déclaré : 
« Ma grâce te suffit, 
car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » 
C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, 
afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. 
   C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ 
les faiblesses, les insultes, les contraintes, 
les persécutions et les situations angoissantes. 
Car, lorsque je suis faible, 
c’est alors que je suis fort.

    – Parole du Seigneur.

 

ÉVANGILE

Alléluia. Alléluia.
L’Esprit du Seigneur est sur moi :                                                
il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Alléluia.   (Lc 4, 18ac)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

    En ce temps-là,
   Jésus se rendit dans son lieu d’origine, 
et ses disciples le suivirent. 
   Le jour du sabbat, 
il se mit à enseigner dans la synagogue. 
De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : 
« D’où cela lui vient-il ? 
Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, 
et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? 
   N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, 
et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? 
Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » 
Et ils étaient profondément choqués à son sujet. 
   Jésus leur disait : 
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, 
sa parenté et sa maison. » 
   Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; 
il guérit seulement quelques malades 
en leur imposant les mains. 
   Et il s’étonna de leur manque de foi. 
Alors, Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

                              HOMELIE

 

On raconte - est-ce légende, est-ce vérité ? – qu’un jour François d'Assise rendit visite à Claire et à ses sœurs. Il se produisit un incendie, visible à plusieurs kilomètres à la ronde. Quand les gens d'Assise vinrent pour l'éteindre, ils ne virent aucune flamme, aucun feu. Juste Claire et François autour d'un maigre repas et une grande lumière entre eux deux. Une clarté impossible à diminuer. Si je vous relate cette histoire, c'est parce qu'elle nous rapproche d'une certaine manière de ce que nous relate l'Evangile.

 

Nous avons du mal à situer "correctement' le Seigneur dans nos existences. Soit nous le pressentons tellement proche que toute distance semble abolie. Soit il est "ailleurs", c’est à dire inaccessible. Dans un cas comme dans l'autre, l'image de Dieu s'en trouve troublée... et nos contemporains ne s'y trompent d'ailleurs pas. Dans un cas - celui de la quasi divinisation de l'humain - nous donnons l'impression de nous approprier Dieu de façon indue. Dans l'autre, Dieu est tellement éloigné que son impact sur notre vie est réduit à peu de choses sinon à rien.

 

L'enjeu du passage de Jésus "chez les siens" est celui-là. Les concitoyens de Jésus sont bien témoins de faits extraordinaires... mais ils ont bien du mal à faire lien de cause à effet avec l1auteur de ces actes. Et c'est un euphémisme. Car cette difficulté de compréhension ressemble fort à un refus. Le 'scandale' est surtout un obstacle qui leur est insurmontable.

 

Le résultat "là, il ne pouvait accomplir aucun miracle". C'est donc bien que ceux-ci sont fonction non seulement de leur auteur... mais aussi de ceux qui le reçoivent. C'est un trait permanent des guérisons opérées par le Christ dans l'Evangile : leur lien avec la Foi du récepteur.

 

Nous y voilà au delà du prophète méprisé dans sa patrie - ce qui est dans la droite ligne de l'expérience prophétique de l'Ancien Testament - c'est la Foi des auditeurs de la synagogue qui se trouve remise en cause. En principe pourtant, tout est réuni pour que cela "fonctionne" : ils sont à la synagogue, le jour du sabbat, lieu et moment privilégiés ou la bonne disposition d'esprit semble acquise. Ils sont témoins de grands miracles et de la sagesse d'un envoyé privilégié de Dieu. Et il se trouve même qu'il leur est proche. Qu'il est 'situe". Le cocktail de tous ces facteurs favorables devrait donner l'inverse de ce qui se produit. Et malgré cela, cela ne "marche" pas.

 

Nous nous trouvons souvent dans une situation analogue. Et à nous également, les choses ne réussissent pas comme nous n' espérons. Mais n'en tirons pas trop vite des conclusions qui nous culpabiliseraient. Mais il est bon de nous dire que lorsque nous avons réuni tous les facteurs d'éclosion de la Foi, nous n'avons pas encore le regard qui nous permet de comprendre et d'admirer ses effets dans notre vie et celles de nos proches. Nous sommes alors comme ces habitants d'Assise : ils voient le brasier sans en saisir le mystère.

 

Alors, ils se remettent en route. Comme le Christ et ses disciples. Et nous à leur suite. Dans l'espoir de partager son regard sur les choses et les gens. Et c'est à l'invisible que nous sommes conviés.